L’histoire d’Electrocompaniet : une marque norvégienne fidèle à ses principes
08/07/2026
Electrocompaniet : l'histoire d'une électronique norvégienne fidèle à ses principes
Sur la côte ouest de la Norvège, à quelques kilomètres de Stavanger, une entreprise fabrique depuis plus de cinquante ans des amplificateurs, DAC et platines vinyles sans jamais avoir quitté son pays d'origine. Electrocompaniet fait partie de ces marques Hi-Fi qui ont construit leur réputation sur un principe simple et tenu dans la durée : la mesure technique n'a de valeur que si elle sert ce que l'oreille perçoit réellement.
Un défi lancé par deux ingénieurs, en 1973
L'histoire commence à Oslo, en 1973. Per Abrahamsen et Svein Erik Børja, deux passionnés d'électronique, décident de mettre à l'épreuve les travaux du professeur finlandais Matti Otala sur la distorsion d'intermodulation transitoire, la TIM. À cette époque, les fabricants d'amplificateurs cherchaient avant tout à réduire la distorsion harmonique, un critère facile à mesurer mais qui ne rendait pas compte de la fatigue d'écoute que certains amplis provoquaient sur des passages musicaux complexes.
Abrahamsen et Børja construisent un prototype de 25 watts, baptisé sobrement « The 2-Channel Audio Power Amplifier », parfois surnommé « l'ampli d'Otala » en référence au chercheur dont les travaux ont inspiré sa conception. L'accueil de la presse spécialisée est immédiat : le magazine américain The Audio Critic le qualifie de meilleur amplificateur du moment, une reconnaissance rare pour une jeune entreprise scandinave qui n'en est qu'à son premier produit.
Une réputation qui dépasse le monde de la Hi-Fi domestique
Dans les décennies qui suivent, Electrocompaniet élargit sa gamme sans renier son approche initiale : préamplis, lecteurs CD, puis DAC, toujours conçus et fabriqués en Norvège. La marque gagne aussi une place particulière dans les studios d'enregistrement.
En 1991, l'ingénieur du son américain Bruce Swedien, connu pour son travail auprès de Michael Jackson et Quincy Jones, découvre les amplificateurs Electrocompaniet grâce à un contact norvégien. Il les adopte pour le mixage des albums HIStory et Invincible, et les pochettes de ces disques comportent un remerciement explicite à la marque. Des amplificateurs Electrocompaniet ont également équipé les studios Abbey Road à Londres, où ils ont notamment été utilisés pour piloter les enceintes Nautilus de Bowers & Wilkins.
C'est d'ailleurs cette association avec les Nautilus qui donne son nom au modèle AW600 Nemo, l'amplificateur mono le plus puissant de la marque : une référence directe au capitaine Nemo et à son sous-marin Nautilus dans le roman de Jules Verne. Développé pour disposer d'assez de réserve de puissance face aux transitoires les plus exigeants, le Nemo reste aujourd'hui une pièce emblématique du catalogue.
Une traversée difficile, puis une reprise en main
Le milieu des années 2000 marque une période de turbulences financières pour Electrocompaniet. L'entreprise traverse des difficultés qui menacent sa pérennité, avant d'être reprise par la société norvégienne Westcontrol. Sous la direction de Mikal Dreggevik, la production est regroupée sur un site unique à Tau, près de Stavanger, où elle se trouve toujours aujourd'hui. Ce recentrage permet à la marque de conserver une fabrication intégralement locale, de la conception des circuits à l'assemblage final, un choix devenu rare dans l'industrie audio haut de gamme.
Plus de cinquante ans après son premier amplificateur, Electrocompaniet reste fidèle à sa philosophie d'origine tout en élargissant son catalogue. La Classic Line regroupe les amplificateurs intégrés, préamplis et blocs de puissance qui ont fait la réputation de la marque, dans l'esthétique caractéristique associant façade en acrylique et chassis anodisé noir. La gamme EC Living, plus récente, s'adresse à une écoute multiroom et sans fil, avec une plateforme logicielle propriétaire pour le streaming haute résolution.
La marque a aussi développé sa première platine vinyle en 2014, construite sur un plateau en sandwich acrylique et aluminium censé isoler la cellule des vibrations parasites. Aujourd'hui distribuée dans une cinquantaine de pays, Electrocompaniet reste l'un des rares fabricants Hi-Fi européens à maîtriser l'ensemble de sa chaîne de production, de la conception des transformateurs jusqu'à l'assemblage des châssis.
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