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18/09/2026

MartinLogan : l'histoire de la marque électrostatique américaine

 
Deux passionnés, une idée un peu folle
 
L'histoire de MartinLogan commence dans un magasin de haute-fidélité de Lawrence, dans le Kansas, à la fin des années 1970. Gayle Martin Sanders, qui dirige la boutique, et Ron Logan Sutherland, ingénieur électronicien, s'y rencontrent et découvrent qu'ils partagent la même fascination pour un type de haut-parleur alors marginal : l'enceinte électrostatique.
 
Le nom de la marque, d'ailleurs, vient tout simplement de leurs deuxièmes prénoms respectifs, Martin et Logan. Sanders reconnaîtra plus tard que « MartinLogan » sonnait mieux que l'alternative, à savoir l'assemblage de leurs deux noms de famille.
 
À cette époque, l'électrostatique a mauvaise réputation en dehors d'un cercle d'audiophiles avertis. Quelques modèles ont marqué les esprits, comme le KLH Model 9 ou le Quad ESL, mais aucun n'est parvenu à concilier la finesse propre à cette technologie avec un niveau sonore et une extension dans le bas du spectre satisfaisants pour un usage courant. Le Quad, très populaire en Angleterre, excelle sur la musique de chambre mais laisse les amateurs de rock ou de symphonique sur leur faim.


  
Un panneau, des étincelles, et une idée qui prend forme
 
Sanders et Sutherland sont convaincus qu'ils peuvent faire mieux. Sanders travaille depuis plus de dix ans sur un concept de transducteur électrostatique, et une petite équipe se forme pour le transformer en produit commercialisable.
 
Le premier prototype voit le jour en 1980. Le tableau est cocasse : un panneau d'aluminium plat, hérissé de fils, de transformateurs et d'une alimentation, relié à un ampli dans le salon de Sanders. Le son dépasse leurs attentes... jusqu'à ce qu'ils poussent le volume et qu'un arc électrique traverse le panneau dans un nuage de fumée. L'essai n'est pas concluant, mais la direction leur semble la bonne.
 
L'équipe se met alors à explorer des matériaux issus de l'aérospatiale, ce qui débouche sur une avancée décisive : un film de Mylar ultra-léger et transparent, tendu entre deux stators en acier perforé et traité par des revêtements conducteurs et isolants de pointe.
 
Reste un problème : la dispersion des aigus. Un grand panneau plat a tendance à projeter les hautes fréquences dans un faisceau étroit plutôt que de les diffuser largement dans la pièce. La solution arrive lors d'une séance de travail nocturne, quand Sutherland esquisse sur un coin de table la façon dont une onde sonore se propage. Sanders en tire l'idée d'un panneau courbé à l'horizontale : le principe CLS (curvilinear line-source), qui équipera depuis lors toutes les enceintes électrostatiques de la marque.
 
Avec une simple maquette et quelques photos, le duo présente son concept au CES de Chicago en 1982. L'accueil est immédiat, récompensé par un CES Design and Engineering Award, et les deux fondateurs rentrent au Kansas pour transformer cette idée en prototype fonctionnel.
La naissance de MartinLogan
 
Grâce à un réseau de fabricants de haute technologie, dont celui qui produisait les vitres du programme de la navette spatiale, l'équipe met au point un procédé de dépôt sous vide permettant à un diaphragme optiquement transparent de supporter une charge de 5 000 volts, et à chaque stator perforé d'être isolé jusqu'à 10 000 volts.
 
Cette avancée technique aboutit, pour le CES 1983, à la première enceinte hybride électrostatique à large bande de la marque : la Monolith. C'est à ce moment que Sanders et Sutherland adoptent officiellement le nom MartinLogan pour répondre à la demande suscitée par leur démonstration.
 
Les débuts restent modestes : une seule personne à temps plein, une autre à temps partiel, et les dix premières paires de Monolith expédiées avec un incident de transport qui en abîme trois. L'entreprise s'en remet et en tire sa politique de satisfaction garantie, toujours en vigueur aujourd'hui.
 
Les ventes décollent véritablement en 1985. Sutherland quitte alors l'entreprise pour se consacrer à nouveau à l'électronique, tandis que MartinLogan s'installe l'année suivante à son adresse actuelle, sur Delaware Street. La distribution internationale du Monolith prend son essor dans la foulée, et la croissance se poursuit : entre 1989 et 1990, le magazine Inc. classe MartinLogan parmi les entreprises privées à la croissance la plus rapide aux États-Unis.


  
L'essor du home cinéma et les grandes séries électrostatiques
 
Le début des années 1990 voit apparaître les premières sources multicanal, et MartinLogan y répond avec Logos, la première enceinte centrale électrostatique du marché, puis Stylos pour les canaux arrière. La marque s'impose alors comme un acteur du home cinéma naissant. 

Dans le même temps, plusieurs modèles restés emblématiques sortent des lignes de production : la SL3, ainsi que les plus compactes Aerius, Quest et reQuest. Vers la fin des années 1990, face au retour en force des enceintes conventionnelles, MartinLogan choisit de repousser les limites de l'électrostatique avec un projet ambitieux : la Statement e2, présentée en 1998. Ce système en deux corps, doté d'une tour de subwoofers séparée, pèse près d'une tonne et devient la référence de la marque pour la décennie suivante.
 
L'étape logique consiste ensuite à transposer ces avancées dans un format plus accessible. C'est le rôle de la génération Prodigy, qui intègre les technologies électrostatiques des Statement dans des enceintes plus compactes. Cette réussite ouvre la voie à une nouvelle famille de modèles hybrides : Odyssey, Ascent, puis la compacte Aeon.


  
Les premiers produits non-électrostatiques
 
En parallèle, les ingénieurs de MartinLogan cherchent à marier la réactivité propre à l'électrostatique à une extension dans le grave plus généreuse. Cette réflexion donne naissance, en 2001, au caisson de basses Descent, puis aux modèles Depth et Grotto, plus compacts, avant les Dynamo et Abyss. Les Dynamo reçoivent une connexion sans fil en 2009.
 
Au fil des années 2000, la marque affine également sa technologie de stators avec le procédé MicroPerf, et développe les premiers films fins non-électrostatiques, une piste qui donnera naissance à la technologie de tweeter Folded Motion.
 
En 2005 apparaît la Summit, saluée par la presse spécialisée. Elle introduit le cadre AirFrame, une structure rigide qui améliore la stabilité du panneau et donc l'imagerie sonore, et associe la technologie CLS Xstat à un caisson de basses amplifié.


Une nouvelle ère sous l'égide de Shoreview
 
Fin 2005, MartinLogan est racheté par une filiale de Shoreview Industries, une société d'investissement qui se positionne comme actionnaire passif et apporte des moyens supplémentaires pour la recherche et les infrastructures.
 
Les années qui suivent voient se succéder plusieurs modèles marquants : la Vista (2006), plus abordable, la Purity (2007), entièrement amplifiée, puis l'Ethos (2010). En 2010, la Motion Series introduit le tweeter Folded Motion, qui miniaturise un transducteur à film fin pour lui donner la forme d'un tweeter classique, avec l'objectif de rapprocher le rendu des aigus de celui de l'électrostatique dans un format plus conventionnel.
 
MartinLogan développe aussi des enceintes de home cinéma plus spécialisées, comme la centrale compacte Stage (2006), puis la barre de son Motion Vision en 2012, qui embarque le Folded Motion dans un format tout-en-un.


La Neolith et la série Masterpiece
 
L'étape suivante est la plus imposante de l'histoire de la marque : la Neolith, une enceinte de plus d'1,80 m de haut avec une surface électrostatique de plus de 0,65 m², associée à des woofers capables d'encaisser 1300 watts. Elle devient la nouvelle référence interne de la marque, celle à laquelle sont désormais comparées toutes les autres enceintes, électrostatiques ou non.
 
En 2016, MartinLogan présente la série Masterpiece, dont le modèle Renaissance ESL 15A est considéré comme l'aboutissement du savoir-faire électrostatique de la marque. Cette gamme réunit les principales avancées accumulées au fil des décennies : woofers intégrés, panneaux électrostatiques de grande taille, filtres façonnés à la main et correction acoustique de la pièce via la technologie ARC (Anthem Room Correction).


MartinLogan aujourd'hui
 
Aujourd'hui encore, MartinLogan conçoit et fabrique ses enceintes selon des procédés qui lui sont propres, dans la continuité de l'esprit artisanal de ses fondateurs. La marque reste concentrée sur les technologies électrostatique et film fin, deux domaines qu'elle explore depuis plus de quarante ans, et continue de s'adresser aux auditeurs qui recherchent une restitution sonore fidèle à la source.
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